Maison dans Malaseña
24/04/2026
Bielsa perfore les Pyrénées de part en part par le biais de parois crasseuses de mazout. A Aragnouet, le plafond est bas, l'atmosphère apocalyptique. Mais, après quelques kilomètres, le soleil illumine enfin notre pare-brises, offrant un paysage incroyable. En descendant vers Huescar, on longe deux gros barrages d'eau bleue avant de remonter vers Alquezar où nous attend le camping.
25/04/2026
La route vers Madrid est longue, lunaire, traversant un paysage dévasté, composé de monadnocks jusqu'à la meseta. Le réseau routier de l'agglo offre un lacis d'embranchements qui fait tourner la tête avant d'arriver à destination. Le GPS nous fait graviter un bon moment autour du parking que l'on a réservé. C'est la cour d'un ancien hopital et la voiture y restera la semaine. A Madrid, le centre est sous la coupe d'une Zone à faibles émissions (ZBE). Pour atténuer les particules fines, certains véhicules sont interdits de circuler et il est demandé de les garer de suite dans un parking pour éviter les amendes. On rejoint Lavapies en tacot mais je dois récupérer les clefs à un locker du quartier. Dedans, un tchèque gueule sur sa logeuse par téléphone, croyant que la location se situe dans le local de rangement. Je parviens à lui faire comprendre que son appart se situe ailleurs. Le reste de l'aprem, on le passe à la découverte du quartier, baignant dans son jus, avant de rejoindre nos amis à Tirso de Molina. On passe devant le théâtre Pavon, au style art déco, point central d'un quartier très animé et populaire à la fois même si on sent une gentrification galopante. 26/04/2026
On part tôt à la découverte du Rostro, le gros marché du coin. Rien de spécial si ce n'est la ferveur et la presse qui se masse dans les rues pour faire des affaires. On fait un stop dans le petit village des antiquaires, sympa, mais aux produits inaccessibles avant de prendre un verre dans un bistrot chelou au milieu des plantes. C'est la journée des sentiers battus avec la plaza Mayor et la puerta del sol. A Madrid, on ne sait pas toujours quel jour on est car il y a du monde dans les rues tous les jours et les emplettes sont possibles 7 jours/7. Pas très bon pour la condition ouvrière mais au moins les touristes ont l'impression que la ville ne dort jamais. On remonte jusqu'à la Téléfonica à Gran Via, là où se situent tous les bâtiments monumentaux de la ville. On s'incruste dans le théatre Fernando de la Serna pensant qu'on peut accéder au toit terrasse en évitant l'ascenseur hors de prix mais on s'arrête au 7e étage face à une porte fermée.
27/04/2026C'est en partant à la recherche de la Tabacalera, près des Embajadores, que l'on tombe sur Exile2020, la boutique de Txus activiste/sérigraphe allemand, présent lors de l'ouverture du squat Berlinois de Tacheles. C'est l'occasion d'échanger avec lui sur ce que devient Madrid avec l'expulsion des okupas, le CSO La Rosa, toujours actif, le devenir de Berlin et la position antideutsch du Kopi avec qui il a rompu, du squat de Lavalette et de Clément, rencontré à Béssèges lors d'une tournée, de 2000 DS vu dans les années 90 à Foix. Son atelier est un bordel sans nom, constellée d'oeuvres accrochées au mur et de sérigraphies traînant un peu partout. On prend ensuite la direction de la Tabacalera au rond point des Embajadores, ancienne fabrique d'aguardiente, occupée pendant un moment mais lachée par manque d'énergie. J'en profite pour situer la CNT avant de repartir vers Tirso de Molina où l'on se restaure. On passe l'après-midi au jardin du Retiro car le lundi est pire qu'un dimanche en France. Entre 14.00 et 17.00, pas de vie. Le madrilène reste au frais dans son appartement en attendant que l'activité reprenne progressivement. On attend patiemment à l'ombre en train de se moquer des plaisanciers qui ont eu la bonne idée de se promener en barque sous le cagnard avant de rejoindre nos amis à San Ginès pour une collation à base de churros et de chocolat fondu. Institution du quartier, la pâtisserie ne ferme jamais et on y passera quelques fois pendant notre séjour.
28/04/2026
Madrid est grand et au bout du 4e jour on commence à avoir les mollets durs. Aujourd'hui on s'y met un peu tard, on reprend des forces en commençant doucement. La fenêtre de notre appartement donne sur une grande place, où il n'y a pas une grande activité en journée, un peu plus la nuit tombée. Au pied de Lavapies, le marché de San Fernando est bizarrement foutu. Quelques échoppes ouvertes mais l'ensemble ne respire pas trop la joie de vivre. On nous conseille celui de la Cebala en haut du quartier après Tirso de Molina. Au milieu des merguez et des concombres, un disquaire qui ouvrira quand il en aura envie. C'est à peu près ce que font tous les commerçants du quartier.
On repart dans les rues direction la Caixa Forum, fondation privée dédiée aux arts et à la culture, dans un bâtiment qui donne l'impression d'évoluer dans les airs. L'expo consacrée à l'art mésopotamien n'est pas incroyable bien que les pièces présentées soient assez spectaculaires. On prend ensuite la direction du palais de Cybèle (centrocentro), plus classique dans son architecture (c'est l'ancien palais des télécommunications) mais qui abrite des expositions de toute beauté tells que celle de Janet Arcela ou Ana Juan, qui retiennent mon attention.
29/04/2026
Aujourd'hui c'est Malaseña. A Madrid on a l'impression de visiter des quartiers différents tous les jours sans pour autant prendre beaucoup de distance par rapport à notre point de départ. On passe et repasse souvent par la plaza Mayor qui, aujourd'hui, était le point de chute des fans d'Arsenal en vadrouille pendant qu'un peu plus haut, à la puerta del sol, se préparaient les festivités pour la journées des travailleurs du surlendemain.
En rentrant je m'arrête au local anarchiste de la Magdalena. Je discute un peu avec le gars qui tient la boutique histoire de faire le point sur la situation anar dans le barrio. Le local existe depuis 25 ans c'est une bibliothèque qui sert aussi de lieu de rencontre pour les conférences mais on se bouscule pas trop durant les heures d'ouverture.
30/04/2026
Lavapies est un quartier en mouvement. Dans le viseur de la mairie pour la gentrification, c'est là aussi où se concentrent pas mal de lieux anarchistes même s'ils ont tendance à être de moins en moins nombreux. En Espagne comme en France, la CNT a scissionné mais l'opposition entre les deux branches reste farouche tandis que chez nous on parvient à se rassembler sur certains conflits. On reprend les grandes artères pour se rendre à la fondation Mapfre après avoir fait chou-blanc à l'Alcala13. A la fondation, deux expos se font face, celle de l'aquarelliste Andreas Zorn, incroyable de réalisme dans ses représentations et la photographe Levitt et ses portraits de rues américaines. On termine par le musée du romantisme, à la muséographie désuète mais attachante et la soirée dans le bar label, affilié à la CNT-AIT.
Lecture du séjour : Parmi les paysans d'Aragon d'Augustin Souchy.









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