vendredi 8 août 2014

Shooters # 11

Les membres d'un employé d'une carrière minière sont dispersés dans plusieurs lieux. Quand Zhang Zili reprend l’enquête qui l'a laissé sur le carreau cinq ans plus tôt, il le fait à titre bénévole et se met quasiment dans la peau de l'appât. Le gars s'est rendu compte que la belle Wu Zhizhen en plus d'attirer les hommes attirait également les macchabées et ce même si la teinturerie dans laquelle elle bosse apparaît comme le seul havre de paix de cette ville. Un oasis de velours, de calme et de chaleur quand autour chacun tente de vaincre le froid, essayant de survivre dans une atmosphère au plafond réellement bas. La photographie, les fringues, le côté anachronique d'une société en pleine mutation, tout ça fait curieusement penser au monde de Brazil, une société futuriste où le progrès tente de changer la vie au milieu des cahots et des soubresauts. Jamais totalement noir, Yi'nan Diao parvient à donner à son film des tonalités diverses par petites touches faisant de Black Coal une oeuvre vraiment pas inintéressante. 
Dans le genre, Blue Ruin est plus classique. Jeremy Saulnier fait squatter son héros dans une vieille bagnole une épave autour de laquelle il se nourrit de rataillons glanés par-ci par-là. Quand il apprend que l'assassin de ses parents va bientôt sortir de taule, il fait peau neuve, et file l'attendre dans les chiottes d'un bar pour l'envoyer ad patres. La société US nous a tellement habitué à ses serial-killers que, dès qu'on voit la tête du tueur on pense inévitablement à un l'un deux et c'est aussi l'avis de Dwight. Le talent de Saulnier sera de nous faire découvrir le pourquoi du comment au fur et à mesure que se déroulera le film, sans aucun flash-back mais par des bribes récupérés au gré des conversations. Dans ce premier film, Saulnier joue avec les codes du genre avec un vengeur pas masqué du tout, assez imprudent, mais qui petit à petit va apprendre les rudiments du tueur en cavale,  dans une course-poursuite haletante mêlé de moments franchement sordides à des passages plus légers qui permettent de faire passer une pilule qui s’avérera forcément amère. 


mercredi 6 août 2014

Des villes dans la plaine - Cormac McCarthy (1998)

John Grady bosse comme garçon-vacher dans le ranch de McGovern, un bon papa qui n'a pas encore troqué ses fringues de fermier des temps anciens contre celui de productiviste à tout crin. A priori tout se passe bien dans ce monde de mecs, où les femmes ne font une apparition que lorsqu'il est l'heure de bouffer ou lors de rapports sexuels tarifés. C'est justement lors d'une de ces incursions dans un bordel de la frontière mexicaine que Grady tombe raide dingue d'une pensionnaire qui, d'après lui, n'a rien à faire là. Son histoire est sordide, vendue à maintes reprises, violée plusieurs fois puis revendue pour être à nouveau violée et être mise sur le trottoir. Avec elle Grady rêve d'un petit chez soi qu'il retape avec l'autorisation de son patron et veut la sortir de cette situation. Mais le mac Eduardo ne l'entend pas de cette oreille et Grady aura besoin du soutien de Billy Parham pour parvenir à ses fins. 
Cormac Mc Carthy est un écrivain du temps qui passe, s'étire, mais qui ne casse jamais. C'est peut-être pour ça qu'on se laisse gentiment bercer par sa prose lancinante où chaque mot est pesé, un écrivain capable de faire d'un presque muet la personne la plus bavarde de son roman. A plus forte raison lorsqu'il doit exprimer son transport amoureux, ce qui est assez rare chez McCarthy. Celui de John Grady n'est pas dans les mots, mais dans les gestes, dans cette passion qui le soulève, le saisit aux tripes et qui l’empêchera de faire demi-tour au moment fatidique, ce combat dantesque, presque gigantomachique qu'il livrera contre Eduardo pour récupérer sa belle.