jeudi 30 janvier 2014

Des souris et des hommes - John Steinbeck (1937)

Faire la route à deux c'est quand même plus marrant que tout seul. Sauf quand tu traînes un boulet de la trempe de Lennie Small. Grand comme un buffet de grand-mère, la délicatesse d'un mammouth et con comme une table, pour George Milton la cohabitation tient davantage de la protection des civils que du voyage d'agrément. Mais bon, une promesse est une promesse et il est désormais impossible de faire marche arrière, surtout quand le chemin est parsemé des exploits de son encombrant acolyte. Milton sait de toute façon qu'un jour ou l'autre tout finira mal. Alors il fait son possible, multiplie les recommandations à Lennie pour éviter le pire, mais il y a les impondérables, les situations contre lesquelles il n'y pourra rien.  A la ferme des Jackson près de Salinas où le duo atterrit,  Mae, la nénette du fils du patron, s'emmerde depuis qu'elle n'a pu réaliser son rêve de devenir actrice. Elle trouvera chez Lennie une oreille sinon attentive du moins ouverte pour y déverser son mal-être.
Même s'il se déroule durant la crise économique de 1929, impossible de ressentir dans ce bref roman une once de tension, celle-ci étant peut-être annihilée par le soleil californien et l'oisiveté fréquente des protagonistes qui contribuent même à donner au drame final une tournure presque anecdotique. Steinbeck nous trimballe au rythme de ces rouliers, buvant l'eau croupie des mares et chassant le ragondin pour se sustenter pendant que résonnent au loin les conflits sociaux. Plutôt que rester sur place à manger la poussière, eux ont décidé de partir sur les routes, à la recherche de leur terre promise. Avancer plutôt que mourir...

dimanche 26 janvier 2014

Le Moine - Matthew G. Lewis (1795)

Ambrosio c'est la star de Madrid. Orateur hors pair, moine intègre, il est celui devant lequel se pâment les nanas et baissent les yeux les mecs lorsqu'il se matérialise. Celui à qui tout réussit, celui que l'on vient consulter quand on a bobo à l'âme ou dans son petit cœur. L'équivalent d'un golden boy doublé d'un psychologue quoi. Inflexible aussi lorsque la moniale Agnès vient lui avouer que son amoureux est venu la visiter en cachette et que la graine qu'il a déposée risque de bourgeonner. Il l'est moins lorsque Mathilde lui avoue son amour et qu'elle est prête à se donner à lui. Sa foi s'ébrèche, se fissure, craque pour finalement gésir à ses pieds à côté de son slibard. 
Classique du roman gothique, Le Moine avait de quoi perturber lors de sa parution et ce même si les anglais à cette époque étaient déjà désalés depuis le schisme d'Henry VIII et les coquins qui lui ont succédé. Un ecclésiastique, un homme de Dieu rapidement ébranlé dans sa chasteté par une apparition, n'hésitant pas à pactiser avec le diable pour arriver à ses fins, ça pouvait donner des idées et sonner le glas de la toute puissance divine, garde-fou pour maintenir le peuple dans l'ignorance et l'obscurité. Mais Lewis ne va pas jusqu'à faire de son Moine un pamphlet anti-religieux, la fin l'atteste. Ce qui l'intéresse c'est la part d'humanité qui peut se cacher chez Ambrosio, chez un homme en apparence sûr de lui et de ses convictions, mais ne se faisant pas prier pour extérioriser cette partie comprimée par des règles en totale opposition avec sa nature véritable. Lewis réussit à conserver un certain équilibre entre pudeur et violence faisant du Moine un roman passionnel qui se dévore assez facilement.

jeudi 9 janvier 2014

La rose et l'edelweiss - Roger Faligot (2009)

Tour d'horizon européen de la résistance juvénile au nazisme durant la seconde guerre mondiale. Un objectif commun mais des origines diverses pour ces mouvements qui prennent racine dans les rassemblements naturistes du début du XXe siècle, les hitlerjugend (Edelweiss Piraten), les mouvements de lycéens en France (GIF), ou même le mouvement zazou et le jazz, honnis pas les nazis (Swing Kids). Faligot dresse le portrait de ces gamin-e-s qui, pour faire comme les parents, comme les copains, par empathie, peu par conscience politique, ont pris le risque de leur vie pour un idéal. Ça commence par de petites provocations comme le port de l'étoile jaune par solidarité, le sabotage, pour finir par la lutte armée. Un temps ignoré par les forces occupantes, leur impact dans le combat devient si probant que les sanctions prises à leur égard augmentent d'intensité au fur et à mesure, passant de coups de règles sur les doigts, par l'emprisonnement/la déportation jusqu'à l'exécution pure et simple. Faligot ne se contente pas de dépoussiérer les archives mais part directement à la rencontre des survivants pour recueillir leur témoignage, celui d'ados qui n'ont pas hésité à mettre leur vie d'enfant entre parenthèses. Il en résulte parfois une résonance gentiment cocardière, appuyée par une réelle volonté de minimiser le rôle du parti communiste dans la résistance qui traîne comme un boulet l'alignement sur l'URSS et le pacte germano-soviétique. Même si l'ouvrage de Faligot n'a pas la neutralité attendue d'un travail historique, il constitue un document très détaillé et donne un coup de projecteur utile sur le rôle de ces jeunes oubliés par les commémorations nationales.