lundi 23 décembre 2013

Baltimore - David Simon (2012)

Parce que ce n'est pas un roman mais bien le récit d'une histoire vécue, parce que les lacérations sont réelles, les tirs de balles, assourdissants, la décomposition des corps, olfactivement insupportable, David Simon n'aura pas eu à trop se creuser la cervelle. Juste observer sans intervenir dans le quotidien de la brigade criminelle de Baltimore qu'il a suivie pendant un an dans les rues d'une des villes les plus criminogènes des States. Les héros de son bouquin ne sont pas omnipotents, courent rarement et pour cause, ils interviennent le plus souvent lorsque le crime a été commis. Ils ont certainement tous des fêlures, des faiblesses, mais, quelles qu'elles soient, celles-ci sont laissées à la maison lorsqu'ils franchissent la porte du bureau. Un seul objectif : régler l'affaire pour augmenter le taux d'élucidation des crimes tout en gardant un œil sur le risque de vice de procédure. 
David Simon n'entre pas dans le privé de ces inspecteurs mais les décrit au quotidien, sur leur lieu de travail entre les scènes de crimes et les sessions de médecine légale, entre les interrogatoires et les passages devant les tribunaux. Un quotidien à côtoyer la misère, la lie de la terre, où chacun fait ce qu'il sait faire le mieux pour s'en sortir quand la plupart des agents de l'Etat ont baissé pavillon, écraser la gueule du voisin pour survivre le temps qu'un autre en fasse de même. Même si Simon ne juge pas, il n'est pas neutre pour autant. Aux côtés des flics, il tisse inévitablement des liens de complicité, d'amitié alimentant le côté manichéiste d'un bouquin qui, hormis ça, se dévore d'une traite.

mardi 10 décembre 2013

Disgrâce - J.M. Coetzee (1999)

Depuis ses deux divorces, David Lurie a fait une croix sur pas mal de choses, notamment ses illusions conjugales. Du coup il s'oublie dans la rencontre de nanas de passage mais auxquelles parfois il s'habitue, plus de manière addictive que sentimentale finalement. La révélation de sa relation avec son étudiante Mélanie Isaacs sur le campus de l'université du Cap va chambouler le cours de sa vie. Refusant catégoriquement de justifier ses agissements devant la commission de discipline, il est contraint de démissionner et se réfugie à la campagne chez sa fille Lucy, reconvertie dans l'agriculture.
Même si l'Apartheid a été aboli il n'y a pas longtemps et que la tendance est à la réconciliation nationale, pas d'angélisme apparent dans Disgrâce. Coetzee dresse un portrait de la campagne rude, rustique, voyant l'arrivée du blanc comme une tentative de colonisation supplémentaire. En voulant s'installer aux côtés de sa fille, Lurie qui croit fuir le chaos de la ville, se heurte à un autre, plus important encore qui le touche dans la chair de sa chair et qu'il ne comprend pas, dont les origines prennent racine dans cette politique ségrégationniste encore présente dans les mentalités. Un ouvrage à l'atmosphère lourde, écrit avec des mots simples accentuant un malaise grandissant page après page, à plus forte raison lorsque les velléités de justice de Lurie se heurtent à la résignation obstinée de sa fille. Malsain.


jeudi 5 décembre 2013

Zazie dans le métro - Raymond Queneau (1959)

Zazie a beau être haute comme trois pommes, elle n'a pas sa langue dans sa poche. Et dès qu'elle se fait larguer par sa mère Jeanne Lalochère entre les pattes de son frère Gabriel, tenancier de bar à Paris, elle monte sur ses ergots, prête à cogner du bec contre le premier qui se mettra en travers de son chemin. Le père Turandot qui la suit lors de sa première fugue en sera pour ses frais, lui qui pensait bien faire se fera traiter de satyre et encourra le risque de se faire lyncher par la population ameutée. Elle aura moins de chance avec le second, beaucoup plus malin qu'elle qui la ramènera à la maison.  
Le roman de Queneau sent le muscadet et la blanquette de veau, l'odeur de tabac froid dans les cendriers dispersés sur les tables en formica. D'où la nostalgie qui se dégagera de l'ensemble, je parle bien évidemment pour ceux qui ont presque connu cette époque là comme c'est mon cas. Les autres se construiront des souvenirs avec les Starbuck. Rien de subversif pourtant mais, au delà des néologismes et des barbarismes de l'écriture de Queneau, il y règne une folie douce au milieu d'un petit monde où chacun a sa place depuis des temps immémoriaux subitement perturbé par l'irruption de cette gamine qui n'a pas trop froid aux yeux. Zazie dans le métro n'a pas la profondeur mélancolique de La vie devant soi mais une légèreté par laquelle on se laisse gentiment effleurer.

mardi 3 décembre 2013

Les bébés de la consigne automatique - Ryu Murakami (1980)

Kiku et Hashi sont frères de cœur. Trouvés tous les deux bébés dans le casier d'une consigne automatique, ils vont grandir ensemble, à l'orphelinat d'abord, puis au sein de la famille d'accueil Kuwagama. Destins croisés, puis parallèles, les deux frangins sont aussi différents. Quand l'un hurle au fond de son casier voulant en sortir, l'autre gémit en attendant qu'on le trouve, l'un se bat et défends l'autre, soumis, l'un est acteur de sa vie quand l'autre n'en est que l'interprète. Deux caractères rigoureusement différents mais un point commun, le manque, celui de la mère biologique qu'ils n'ont jamais eu, et dont les retrouvailles seront dramatiques. 
En confrontant les vies de deux gamins largués par une mère qui ne devait pas être loin de l'être également, Murakami démontre que, finalement, l'idée de réussite ne vaut que si l'on part sur les mêmes bases et que savoir d'où l'on vient demeure toujours la question principale et vitale. On gesticule, on tente de trouver un palliatif mais l’obsession est là, tapie dans l’ombre, attendant le bon moment pour ressortir et exercer ses ravages. Murakami remet sur le plat la recherche d'identité dans une fresque qui ne méritait peut-être pas un tel développement, d'autant plus que l'écriture assez terne ne nous incite pas vraiment à l'empathie envers les protagonistes.