lundi 30 septembre 2013

Les marécages - Joe R. Lansdale (2000)

Finalement entre les bouseux du Texas des années 30 et ceux de maintenant les choses ont pas l'air d'avoir beaucoup évolué. Surtout dans le domaine judiciaire où certaines parties de la population sont toujours coupables avant d'avoir été jugées. Pour le petit Harry, avoir ça sous les yeux chaque jour est une réelle souffrance, à plus forte raison lorsqu'on a été élevé dans la tolérance, l'égalitarisme et, sinon l'amour du prochain, du moins le fait de ne pas en avoir peur. Aussi quand il découvre le corps mutilé d'une prostituée black près de la rivière, il convainc le constable du coin, également son père, de mettre en branle la machine judiciaire au risque de se mettre à dos une grande partie de la population du coin moins ouverte aux échanges que leur petite famille. 
En replaçant son intrigue dans l'Amérique ségrégationniste pré MLK, Lansdale n'a pas trop à forcer pour donner à son bouquin une ambiance sordide. Combustion de croix, lynchage, manifestation de force du KKK, tout y est. Après, ne reste plus qu'à déposer deux-trois macchabées sur les lieux favoris des amateurs de pêche pour tenir jusqu'à la fin et le tour est joué. Classique mais ça marche. On se laisse prendre par  l'aventure de ces deux gamins, par l'écriture simple et chaleureuse de Lansdale. On fermera juste les yeux sur la maladresse de certaines tournures, notamment lorsqu'il s'agit de se dédouaner totalement des mentalités locales, Lansdale se payant même le luxe d'un détour par la science-fiction lorsque le père de Harry opère la conversion d'un soldat du Ku Klux Klan après une tarte aux pommes. 

lundi 23 septembre 2013

Effacement - Percival Everett (2001)

La quatrième de couverture annonçait le bouquin d'Everett comme une autre manière de dénoncer le racisme grâce à la littérature. On y voit finalement plus l'amertume d'un écrivain académique en rogne contre son manque de succès littéraire, mais aussi pris entre plusieurs feux qui n'ont rien à voir comme la dépendance progressive de sa mère, le décès de sa sœur, les révélations sur la vie parallèle de son père et ses conséquences. Ça fait peut-être un peu trop à gérer pour Thelonious Monk qui, afin de démontrer que le premier pinpin venu peut écrire un bouquin et avoir du succès, change son fusil d'épaule, abandonne la belle écriture le temps d'une bafouille et balance un brûlot supposé venu de la rue qui l'envoie vers les sommets. Bref ce petit roman aux allures existentialistes, condescendant par certains côtés, se transforme petit à petit en une critique acerbe d'un monde littéraire moins sourcilleux à l'égard du langage de la rue, adepte d'une certaine idée de l'authenticité pendant que d'autres en sont encore à se demander si la littérature doit être conforme à ce qu'en disent les académiciens, à se poser en gardiens du temple du beau langage. N'en déplaise à ces derniers, la littérature n'est ni l'un ni l'autre, c'est tout à la fois et heureusement sinon les tartines de Bukowski ou Selby dormiraient encore dans des cartons.